Raxalpentaler:

La maison Carl Ludwig sur la Raxalpe et le tourisme en Autriche

C’est l’été. Le temps est idéal pour la randonnée. L’archiduc Carl Ludwig part en randonnée avec sa famille. Le parcours le mène de sa villa de Reichenau an der Rax jusqu’au cœur des hautes montagnes. Comme tant de Viennois, Carl Ludwig s’est découvert une passion pour l’alpinisme depuis que la ligne ferroviaire du Semmering, inaugurée en 1854, lui permet de se rendre rapidement de Vienne aux Alpes. C’est un alpiniste expérimenté, mais il commence à prendre peur : un front orageux s’approche, et ses fils l’accompagnent. Ils parviennent de justesse à atteindre un simple refuge d’alpage. C’est là qu’ils passeront la nuit, dans des conditions peu confortables, mais en sécurité.

Les choses se sont-elles réellement passées ainsi ? Nous ne le savons pas. Quoi qu’il en soit, Carl Ludwig raconta plus tard que cette expérience l’avait incité à soutenir la construction d’un refuge sur la Raxalpe et à accepter qu’il porte son nom. Aujourd’hui, la « Carl Ludwig Haus » revêt une importance non seulement alpiniste, mais aussi numismatique : en effet, ce simple refuge figure sur de rares pièces commémoratives autrichiennes, dont 100 exemplaires en argent ont été frappés à l’occasion de son inauguration. L’exemplaire proposé par Künker provient de la collection du conseiller commercial Dr Herbert Wenzel, qui l’a acheté en 1956 auprès de la société londonienne Seaby.

Que représente la pièce commémorative « Raxalpe » ?

Le recto ne représente pas (!), comme d’habitude, l’empereur François-Joseph, mais son frère cadet, Charles-Louis. Il porte une simple veste d’uniforme et, autour du cou, l’ordre de la Toison d’or. L’inscription est la suivante : CARL LUDWIG ARCHIDUCHE D’AUTRICHE PROTECTEUR DU CLUB TOURISTIQUE AUTRICHIEN.

Le revers représente – de manière très détaillée – le nouveau refuge de la Raxalpe, avec la mention « GEDENKTHALER » dans la partie inférieure. L’inscription est la suivante : « POUR L’INAUGURATION DE LA MAISON CARL LUDWIG SUR LA RAXALPE EN SEPTEMBRE 1877 ».

Autriche. Raxalpentaler 1877, Vienne. Seulement 100 exemplaires frappés. Issu de la collection Wenzel. Superbe exemplaire présentant une magnifique patine. Minuscules rayures, surface polie. Estimation : 10 000 euros. Issu de la vente aux enchères Künker 445 (22 et 23 septembre 2026), n° 546.

Le chemin de fer du Sud et le tourisme autrichien

Le chemin de fer du Sud – on n’appelle « Semmeringbahn » qu’un tronçon de cette ligne – ne reliait pas seulement Vienne au port de Trieste, il est également devenu un moteur du tourisme. Les régions alpines, en particulier, qui n’avaient jusqu’alors guère profité de l’essor industriel, espéraient en tirer de juteux bénéfices. Les montagnes étaient un pôle d’attraction pour le tourisme. Depuis que les alpinistes anglais avaient popularisé cette mode dans toute l’Europe, un secteur économique rentable s’était développé. Des citoyens influents se regroupèrent au sein d’associations touristiques afin de créer ensemble les infrastructures nécessaires. Ils balisèrent des sentiers de randonnée, construisirent des refuges et firent la promotion de leur région tant en Autriche qu’à l’étranger.

Avoir un lien avec un membre de la famille impériale était alors un atout majeur. Ischl, par exemple, devait sa réputation au fait que Sophie, restée sans enfant pendant des années, y accueillait son « prince du sel », que nous connaissons sous le nom d’empereur François-Joseph Ier. Le Club touristique autrichien, qui souhaitait développer les destinations touristiques situées le long de la ligne ferroviaire du Sud, a donc cherché à entrer en contact avec Carl Ludwig, qui possédait une villa à Reichenau depuis 1872. En tant que membre de la famille impériale, Carl Ludwig avait pour ainsi dire l’obligation morale de promouvoir le tourisme en tant que secteur économique autrichien partout où il le pouvait.

Carte postale publicitaire de l’hôtel Fischer à Reichenau. Image : cc-by-sa 4.0 - Talhof-fan

Financement et construction de la maison Carl-Ludwig

Aujourd’hui, on considère que c’est Josef Peter Rabl, alpiniste viennois, membre du Club touristique autrichien et auteur de nombreux ouvrages visant à promouvoir l’alpinisme, qui a suggéré en 1874 de construire un refuge sur la Raxalp. Les coûts ont été estimés à 10 000 florins. L’assemblée générale du Club touristique autrichien les a débloqués début 1876. En juillet de la même année, le comité directeur a convaincu l’archiduc Carl Ludwig de prendre le patronage du projet. Celui-ci s’y est montré disposé, a fait don de 1 000 florins et a posé la première pierre le 10 septembre 1876.

La construction avança si rapidement que la maison servit déjà de gîte aux amateurs de sports d’hiver durant l’hiver 1876/7, même si elle n’était pas encore officiellement inaugurée.

L’inauguration officielle

Le 16 septembre 1877, plus de 600 personnes – comme le souhaitait Carl Ludwig, non pas en tenue de gala, mais en tenue de campagne ou de montagne – ont gravi le Raxalpe pour y assister à la cérémonie d’inauguration de la maison Carl Ludwig. L’archiduc n’a malheureusement pas pu se rendre sur place. Il a envoyé en son nom ses deux fils aînés : l’archiduc François-Ferdinand, oui, exactement, l’héritier du trône qui fut assassiné à Sarajevo, et l’archiduc Otto François, connu plus tard sous le nom de « bel archiduc ». Ils n’avaient alors respectivement que 13 et 12 ans et furent félicités par toutes les personnes présentes pour avoir « effectué l’ascension malgré la tempête qui faisait rage », comme on peut le lire dans les « Mittheilungen » (Communications) du Club alpin allemand et autrichien de 1877.

Un article consacré à l’Exposition universelle de Paris, daté du 20 juillet 1878, illustre le rôle central joué par le refuge Carl Ludwig dans le tourisme. On y apprend que les deux associations touristiques autrichiennes y avaient érigé leur propre pavillon, qui présentait aux visiteurs la beauté des Alpes autrichiennes. On y trouvait désormais non seulement des images, mais aussi neuf photographies panoramiques, dont l’une représentait la maison Carl Ludwig sur la Raxalp.

Vue de la Karl-Ludwig-Haus sur le Rax. Peinture à l’huile d’Anton Hlávacek datant de 1876.

Une pièce commémorative sans portrait de l’empereur ! S’agit-il vraiment d’une pièce commémorative ?

C’est une excellente question, car en Autriche, c’était en réalité le florin qui avait cours, 1,5 florin autrichien correspondant à un thaler prussien. Bien sûr, le thaler (prussien) n’existait plus en 1877. Pourquoi alors le mot « Gedenkthaler » figure-t-il en si bonne place sur la pièce ?

En conclusion, nous ne pouvons pas résoudre ce problème, nous pouvons seulement mettre en évidence des évolutions parallèles. En Suisse, par exemple, les associations de tir émettaient des « Schützentaler » lors de certaines fêtes fédérales de tir. Ceux-ci avaient deux fonctions : premièrement, ils servaient de moyen de paiement pendant la fête ; deuxièmement, lorsqu’ils étaient achetés à des fins de collection, ils contribuaient au financement de la fête. Ici aussi, nous avons une fête, ici aussi, nous avons une association qui dépendait des dons et des cotisations de ses membres. Pourquoi n’aurait-on donc pas eu recours à ce moyen de financement qui avait fait ses preuves ?

Le fait que le conseiller commercial Dr Wenzel, dont la collection abrite cette pièce parfaitement conservée, l’ait achetée chez Seaby à Londres, cadrerait à merveille avec cette théorie. Après tout, une grande partie des alpinistes venait de la « Merry Old England ». Quoi de plus naturel que l’un d’entre eux ait acheté cette pièce pour sa collection pendant ses vacances en Autriche, de sorte qu’elle ait abouti sur le marché numismatique britannique après sa mort ?

 

Quelle est la valeur du thaler commémoratif « Raxalpe » ?

Künker a fixé le prix de départ du lot à 10 000 euros. Cela correspond à peu près à la moitié de ce qu’une pièce comparable a rapporté chez Künker en 2019.
Le « Raxalpe » en argent apparaît relativement souvent sur le marché des enchères, compte tenu de son tirage très limité. Les prix atteints oscillent alors entre 8 000 et 19 000 euros. Pour les exemplaires en bronze, dont Coinarchive ne recense que trois exemplaires, des prix allant jusqu’à 30 000 euros ont été atteints.
Il est intéressant de constater que les prix atteints pour les pièces classées et/ou vendues aux États-Unis ne sont pas plus élevés, mais ont plutôt tendance à être inférieurs. Cela indique clairement que la « Raxalpe » n’intéresse pour l’instant que les collectionneurs, et non les investisseurs.

Compte tenu de ce faible tirage, cela pourrait changer à un moment donné. Nous vous tiendrons informés du prix d’adjudication.

 

Texte et images : Ursula Kampmann

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